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Nouveau - Penser la situation politique après un an de présidence Macron

TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
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Comment rationner l'utilisation du pétrole?

Tribune publiée sur altersocietal le samedi 8 décembre 2018

Le cas concret qui a déclenché la colère des « gilets jaunes » pose la question du rôle du prix pour orienter l’économie vers un fonctionnement plus « écologique » et les conditions d’application de ce type de moyen. Sur le cas de l’utilisation du pétrole.

Se servir du prix comme outil, c’est faire jouer les marchés. Rappelons en premier que les marchés par eux-mêmes ont pour seule règle la compétition entre les acteurs, chacun d’entre eux cherchant pour lui-même les gains qu’il estime personnellement les plus grands. Sur le marché du pétrole, l’offre et la demande règlent le prix au jour le jour. Personne ne peut se passer de pétrole et préfère payer plus cher quand il le peut. Personne des producteurs ne peut se passer de revenus et préfère vendre moins cher pour maintenir les revenus.

L’épuisement de la ressource est pourtant là, au-delà même de la simple nuisance de la production de CO2 par son utilisation comme carburant. C’est pour cette raison que les analystes - une fois encore- prévoient qu’il dépasse cette fois durablement les 100 dollars le baril dans un proche avenir. Il était à 65 à la fin 2017, il monta jusqu’au-delà de 80 en septembre 2018, il est redescendu et remonte un peu au-dessus de 60 ces jours derniers.

Les fluctuations jouent peu sur le prix à la pompe dans la mesure où le gouvernement perçoit des taxes sur les produits pétroliers qui font que le prix à l’essence c’est 60% de taxes et seulement 5% du prix du pétrole. Il y a en sus le prix du raffinage (25à 30%) et le reste c’est le coût de distribution. Le pétrole est utilisé pour le déplacement des véhicules automobiles, pour le chauffage, mais aussi pour faire voler les avions et déplacer les bateaux, sans oublier toute l’industrie pétrochimique, des engrais aux matières plastiques.

La question de fond : comment se passer du pétrole


La question qui se pose est bien de se passer de pétrole, de laisser ce qu’il en reste dans la terre. Le prix du pétrole, taxes ou pas, doit flamber et ce n’est pas en grossissant les taxes sur l’essence et le gas oil qu’on peut espérer régler le problème. Ceux qui en ont les moyens paieront ce qui représente un peu plus de ressources pour l’Etat, sans vraiment diminuer leur consommation. Depuis les années soixante-dix on a augmenté le prix à la pompe en imaginant que la consommation baisserait, pour réduire notre « facture pétrolière ». Sans succès.

Ce qui a été réussi c’est, avec un différentiel de prix en faveur du diesel, et quelques mesures d’accompagnement, à faire décoller le parc automobile de diesels…Pour le reste la consommation a continué de s’accroître. Ceux qui ont des revenus serrés, n’envisagent pas de changer de voiture, mais de faire tenir celle qu’ils ont, le plus longtemps possible : bonne mesure écologique que les produits industriels soient réellement durables et réparables plutôt que trop rapidement obsolètes. Bonne mesure pour économiser le pétrole et les autres matières premières. Mais ils n’ont pas non plus la possibilité d’envisager un autre moyen de se déplacer. C’est un problème auquel la hausse du prix à la pompe non seulement ne répond pas mais ce problème provoque le blocage social.

Il est donc plus qu’urgent de trouver un autre moyen que le prix. Clairement il faut un grand plan pour permettre au plus grand nombre d’organiser sa vie sans avoir à recourir à une automobile. C’est-à-dire en particulier densifier et diversifier les transports en commun, faire en sorte qu’il soit plus facile de travailler à domicile ou proche de son domicile. C’est aussi faire en sorte que pour se chauffer on utilise autre chose. Que l’on remplace partout où cela est possible les produits de la pétrochimie- et d’abord en agriculture. C’est un grand chantier, certes autrement compliqué que prendre un décret pour augmenter une taxe et laisser chacun s’ajuster librement comme il peut.

Marc Humbert
Professeur émérite à l’université de Rennes
Vice-président de l’association des convivialistes


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Monseigneur !
Proclamez un moratoire et convoquez les Etats-Généraux !

Tribune publiée sur altersocietal le lundi 3 décembre 2018

Le candidat Macron, tel un leader se voulant charismatique, entreprit une grande marche, une grande enquête, auprès de tous les Français, pour recueillir leurs aspirations. Ainsi informé, puis élu Président, il se lança dans les réformes imaginées et supposées engager le pays, les Français, sur la voie du progrès.

Foin des partis politiques qui depuis des lustres prennent le pouls des Français, par des réunions électorales dans toutes les circonscriptions du pays. Le Président veut en réduire le trop grand nombre, source de dépenses excessives. Mais chaque élu devrait porter la parole de beaucoup plus de personnes : n’est-ce pas mauvais pour la participation citoyenne ? Que nenni, il y a, dit notre moderne Président, des réseaux sociaux et twitter, ils permettent un contact direct comme il le pratique.

Cela me semble son illusion. Les gilets jaunes pratiquent comme lui ces réseaux, et à l’écart des élus, et pas avec lui. Pour une inclusion des citoyens dans le système politique il faut, en premier, non pas réduire le nombre, mais renforcer les moyens des conseils municipaux et des maires.

Sans vouloir instaurer une démocratie directe et horizontale, bien ingérable à plus de 65 millions, il faut maintenir des représentations et des transmissions bien huilées, de la base vers les échelons supérieurs du gouvernement de la société. Des mairies des villages et des villes, au département ou/et à l’agglomération, des maires aux conseillers, aux députés et sénateurs, à l‘exécutif, au chef de l’Etat. Les problèmes de la vie économique ont aussi besoin d’intermédiation. De la cellule syndicale de l’entreprise ou de l’administration, à la fédération de branche, à l’intersyndicale, jusqu’aux négociations tripartites, syndicats-patronat-Etat.

Gouverner repose sur la confiance du peuple


Le Président Macron n’a été ni élu de terrain, ni membre d’un parti politique. Il a été ministre choisi « pour ses compétences » et confond gouvernement des Français et gestion d’entreprise. On le sent vouloir agir comme un technocrate efficace et rationnel. Quasi-scientifique. Mais même pour y parvenir, il lui faudrait disposer d’une science exacte de la gestion d’un peuple, qui pour être sûre comme la mathématique, devrait porter sur des êtres mathématiques. Ce que ne sont pas nos citoyens, êtres de chair et de sang, avec une raison et un cœur, des émotions. Ils vivent au quotidien, dans le temps réel et non pas dans des projections et des courbes statistiques. C’est pour cela que gouverner est un art et non pas une science. Cela exige la confiance des gouvernés et celle-ci repose sur des valeurs qui guident la pratique de l’art.

Depuis le début de la modernité démocratique ces valeurs pour gouverner se fondent, partout dans le monde, sur le clivage entre la droite et la gauche. La droite conservatrice tempère les avancées bousculant l’ordre social et moral, préfère la stabilité en ces domaines, mais promeut le mérite individuel, la libre entreprise, la propriété privée, le libre marché ; elle se méfie, face à la gauche, du trop d’Etat. La gauche, à l’initiative de transformations sociales et morales, cherche plus de justice sociale et favorise la multiplication des lois républicaines avec implication d’un Etat régulateur, redistributeur, qui est devenu providence.

Certes, ces valeurs anciennes de droite et de gauche peinent à définir une réponse aux enjeux actuels : la transition écologique, les migrations mondiales, la reconfiguration de la mondialisation. Mais la gestion Macronienne est tout aussi inopérante. Rien qui puisse entraîner l’adhésion, la confiance, bien au contraire. Le peuple crie : Stop M Le Président, Carton jaune ! Ne faudrait-il pas en revenir au peuple ?

Dans le passé quand des monarques, prétendant eux aussi emmener le peuple vers ce qui qui était bon pour lui, faisaient face à une grogne montante, ils proclamaient un moratoire et réunissaient les Etats-généraux. Allez-y Monseigneur ! Faites tenir dans toutes les mairies, des réunions pour organiser des cahiers de doléances. Au lieu de laisser le mécontentement risquer de se transformer en jacquerie et alors que ce ne sont pas de raisonnements abstraits et de Haut Conseils dont veut le peuple. Mais d’être écouté. De la base jusqu’au sommet avec des débats et des propositions prises en compte.

Marc Humbert
Professeur émérite à l’université de Rennes
Vice-président de l’association des convivialistes


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Carton jaune pour Emmanuel Macron

Tribune publiée sur altersocietal le dimanche 25 novembre 2018

Le Président Macron, tel un leader qui se voudrait charismatique, se voit depuis dix-huit mois comme celui qui emmène le peuple de France, malgré ses défauts et ses aveuglements, sur la voie du progrès, en le sortant des ornières du vieux monde de la droite et de la gauche et en lui évitant le repli nationaliste. Mais le peuple dit stop. Carton jaune M. Le Président. Ou plutôt fait passer le feu au jaune sur la voie supposée du progrès.

La droite et la gauche ont constitué un clivage devenu universel dans la modernité démocratique. La droite conservatrice tempère les avancées bousculant l’ordre social et moral, préfère la stabilité en ces domaines, mais promeut le mérite individuel, la libre entreprise, la propriété privée, le libre marché ; elle se méfie, face à la gauche, du trop d’Etat. La gauche, à l’initiative de transformations sociales et morales, cherche plus de justice sociale et favorise la multiplication des lois républicaines avec implication d’un Etat régulateur, redistributeur, qui est devenu providence.

En France se sont succédé, sans remises à zéro, des alternances de droite et de gauche. Les deux ont maintenu une économie de marché, l’objectif d’employer chacun, d’accroître la production, de réduire les inégalités, d’assurer la sécurité intérieure et extérieure etc… En mettant en avant des moyens différents, avec des agendas différents. Au-delà des valeurs de la République, elles offrent chacune sa variante historique de valeurs porteuses de sens et à laquelle via ses représentants une majorité du peuple fait confiance.

Comment sortir de l’impasse ?


Ces valeurs anciennes de la droite et de la gauche n’arrivent pas à définir un corps de réponse aux enjeux actuels : la transition écologique, les migrations mondiales, la reconfiguration de la mondialisation. Mais que propose le Président Macron ? Sur ces enjeux nouveaux, pas de grand dessein co-construit qui puisse entraîner l’adhésion, la confiance. Il a renié la relation ascendante entre citoyens et gouvernement via les maires, les députés, entre travailleurs et patrons via les syndicats. A leur place il avait promis l’horizontalité (?) participative, il pratique le contraire : la verticalité et la réduction des corps intermédiaires. Ces vestiges dont se nourrissaient les alternances droite-gauche permettaient pourtant de tisser la confiance entre le peuple et les gouvernants.

Sa voie du progrès face au repli nationaliste est vide de tout élément positif. Sur la croissance et l’emploi il table sur le management efficace, sur la compétence et la responsabilité individuelles. Il fait rêver du premier de cordée, du numérique et de l’intelligence artificielle. Mais il n’y a pas de ruissellement, la fracture numérique s’élargit, la courbe du chômage ne s’inverse pas. Le Français moyen s’amuse sur les réseaux sociaux mais ses fins de mois restent difficiles. Aussi dit-il Stop ! Carton Jaune. Il fait passer le Feu au Jaune sur la voie supposée du progrès.

Le sociologue Harmut Rosa identifie une voie de sortie de l’impasse hors du repli nationaliste et de l’illusion managériale. Ne pas chercher à être dans le coup en participant à la dynamisation et l’accélération de ce monde moderne, mais réinventer la manière individuelle et collective d’être-dans-le monde, par la « résonance » de nos relations à autrui et collectivement au monde. Là se trouve un gisement de progrès qui ne sont ni de croissance, ni de techniques, mais d’humanité, en prise avec l’écologie, avec les autres peuples et cultures. Ils font lire autrement les migrations et l’évolution de la planète ce qui permet à tous de vivre bien dans un monde d’individus et de peuples en résonance. C’est ce que font au niveau micro-local nombre d’associations, essayons de le mettre en musique au niveau macro-social.

Marc Humbert
Professeur émérite à l’université de Rennes
Vice-président de l’association des convivialistes


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Le vieux monde de l’automobile

Tribune publiée sur altersocietal le samedi 17 novembre 2018

La France, comme le reste du Monde, sait qu'il lui faut vivre autrement sur la Terre, arrêter d'extraire et de brûler le pétrole, qu'il faut donc habiter et circuler autrement. Quitter le vieux monde, par exemple celui de l'automobile. Mais, au lieu d'un grand plan d'action à long terme préparé collectivement, coordonné à un programme de réduction des inégalités et décliné en étapes progressives, ses gouvernements essaient de soumettre le peuple à des salves de mesures qui paraissent sans cohérence écologique, sans cohérence sociale.

La transition vers ce que peut-être le nouveau monde mérite d’être largement débattue. Prenons le cas de l’automobile.

Elle devient dominante au début des années 1960. L’Europe élabore alors une politique pour des paysans qui utilisent la traction animale et qui viennent en voiture à cheval pour vendre leurs produits au marché de la ville. Les livreurs de charbon, de colis, de produits laitiers utilisent encore souvent des camions hippomobiles. En 1968, seul un ménage français sur deux dispose d’une automobile et les premiers campus universitaires ont des parkings vides.

Tout bascule dans les années soixante-dix vers une adaptation à l’automobile. Les rues sont retracées pour leur circulation, des parkings créés, des rocades ceinturent les villes reliées par un réseau d’autoroutes avec des ouvrages d’art et des voies aériennes. Les champs sont travaillés avec des tracteurs, les récoltes mécanisées. Les campagnes sont reliées aux villes, on travaille en ville et on vit à l’extérieur, on part en vacances en famille, à la mer, à la montagne, à l’étranger. On fait ses courses à l’hyper en sortie de ville, on conduit les enfants à l’école, au stade sportif, chez des copains…

Les villes, les infrastructures, la sidérurgie, les recherches, l’absence de priorité au transport collectif ont été organisées pour l’automobile. Pour se déplacer en ville au-delà du centre et vers les villes, ne pas utiliser l’automobile est souvent peu commode, voire difficile ou presqu’impossible. C’est ce qu’Illich, penseur de la convivialité appelait un monopole radical. Et contreproductif : un véhicule passe 80% de son temps à l’arrêt et une bonne partie du reste dans des embouteillages. Sa production est coûteuse en ressources, son utilisation aussi, le conducteur est poussé à en changer souvent et elle est en outre polluante.

Mieux satisfaire nos besoins de déplacement


Les promoteurs de l’automobile du futur poursuivent ce monopole radical contreproductif dans une version techniquement avancée. Une automobile non-polluante, non dangereuse parce qu’automatique, confortable comme un salon de détente. Cela exigerait de poursuivre l’adaptation nécessaire et très couteuse du réseau de transport à l’automobile selon les nouvelles exigences de son autonomisation. Sans améliorer la satisfaction de nos besoins de déplacement.

Ne faut-il pas plutôt chercher à améliorer cette satisfaction ? Se décider à donner pleine priorité en ville aux piétons, y inclus aux handicapés. Par des trottoirs agréables, des accès par escalators et ascenseur à des transports en commun gratuits, des trottoirs roulants dans les longues rues passantes. Des trottoirs à l’abri des divers engins roulants. Faciliter l’usage des vélos et véhicules étroits à vitesse limitée, à travers la ville et jusqu’en périphérie par des pistes cyclables ou/et « trottinnables » en site propre. Des transports en commun denses, fréquents et non polluants de la périphérie vers les villes, entre les villes, et dans les campagnes. Des systèmes de taxis ou d’autolibs pour les déplacements impossibles autrement.

Cela réduira l’utilisation de l’automobile sans la taxer. Dans les villes avec un transport en commun en site propre la croissance de la circulation automobile a ralenti, si on multiplie les alternatives à échelle nationale, ce sera une contribution essentielle à une réelle avancée vers un monde avec moins d’automobiles. Avec de meilleures conditions de déplacement pour tous et une forte diminution des pollutions et émissions de gaz à effet de serre.

Marc Humbert
Professeur émérite à l’université de Rennes


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L'explosion des migrations

Tribune publiée par Ouest-France le jeudi 27 septembre 2018 version pdf

L’Europe, la France, sont confrontées à la menace d’une double explosion. Face à la première, l’explosion environnementale, l’opinion publique, alertée depuis 2002 par le fameux « la maison brûle et nous regardons ailleurs » de Jacques Chirac, sait ce qu’il convient de faire.

Il ne manque que la capacité politique à mettre en place les réformes. En revanche on ne perçoit ni la dimension, ni les enjeux de l’autre menace explosive, celle des migrations.

Les migrations actuelles sont traitées comme un flux à ralentir ou à stopper pour certains ; pour d’autres il faut accepter au nom de la déclaration des droits de l’homme (art.13) que « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ». Au cours des cinq dernières années, en Europe, quelques millions de rescapés sont déjà arrivés d’Afrique au péril de leur vie. La France, qui n’est ni en première ligne, ni la destination la plus désirée, entend renvoyer chez eux tous ceux qui ne viennent pas d’un Etat réputé dangereux ou qui n’y ont pas des raisons politiques de craindre pour leur vie. C’est-à-dire qu’elle veut interdire la « migration économique », ce pour quoi la France pousse l’Europe à établir des barrières en Afrique même, en Tunisie, au Niger etc.

Le diktat de l'OMC


Mais c’est la raison économique qui pousse à l’exode. En Afrique, du Nord au Sud, ils sont des centaines de millions à ne pouvoir vivre dignement chez eux. Des dizaines de millions envisagent déjà de venir en Europe, en France, sans renier leur pays, leur culture d’origine. Espérant revenir un jour. Ils sont prêts à tout pour faire le voyage, à jouer leur vie en traversant le désert, la mer, les montagnes. Nous n’avons encore fait face qu’à une petite vague.

Quelles sont les raisons qui poussent les Africains à un exode massif vers l’Europe ? La raison immédiate est celle des inégalités économiques toujours plus grandes entre une Afrique à la croissance démographique forte et une Europe à la population déclinante. Tout cela a été documenté, année après année, par nombre de rapports comme ceux de l’Oxfam (organisation internationale de développement).

Inégalités aussi à l’intérieur des pays africains, certes, Le Rapport de la Banque Africaine de développement, de 2017, a montré que 500 millions d’Africains vivent avec moins de 2 dollars par jour et 150 millions avec 2 à 4 dollars. Et un Africain sur cinq est en sous-nutrition.

Dans un monde de rivalité économique à tout prix, où la France, comme les autres pays riches, se bat avec difficulté pour retrouver un peu plus de compétitivité et se maintenir à flot, comment l’Afrique peut-elle sortir sa population de ce « sous-développement » ? La communauté internationale, par la voix de l’Américain Truman en 1949, puis par l’Onu en 1960, s’était embarquée dans un programme d’aide et d’assistance pour le « développement ».

La France, décolonisatrice, a promu la coopération, l’a introduite au niveau européen dans les accords de Lomé. Mais l’aide au développement est restée en dessous des promesses et bien insuffisante. Cinquante ans plus tard l’Afrique était encore à la traîne.

Et, depuis, la coopération a été bradée face au diktat néo-libéral de l’OMC (l’organisation mondiale du commerce). L’Europe a forcé les pays africains à accepter les accords de partenariat économique (APE) de libre échange qui vont fragiliser leurs faibles économies et renforcer l’exode migratoire. Son explosion ne peut être enrayée qu‘en substituant aux APE une forte politique de coopération à la transformation économique de l’Afrique.

Marc Humbert
Professeur émérite à l’université de Rennes


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Pour une Europe solidaire.

Tribune publiée par Ouest-France le mercredi 25 juillet 2018 version pdf

A l’initiative du Président Macron, il est demandé aux internautes, partout en Europe, quelle Europe ils veulent ? Bonne idée !

Contribuons par quelques remarques à ce chantier alors que la majorité des résidents européens rêvent toujours d’Europe – comme déjà Victor Hugo en 1848- et que l’Europe fait encore rêver en Afrique, en Amérique Latine et dans le reste du monde.

Rappelons-nous tout d’abord que la construction européenne fut lancée comme un antidote aux guerres intra-européennes devenues mondiales. Elle a transformé, en 1951, la rivalité franco-allemande en coopération avec la gouvernance commune de leurs industries stratégiques du moment, le charbon et l’acier. Certes avec un reste de méfiance : la France de Mendès a refusé la communauté européenne de défense en 1952, pour ne pas réarmer l’Allemagne. Dans cette perspective de consolider la paix, les élites au pouvoir ont lancé l’ouverture réciproque des marchés en 1957. En effet selon la thèse du libre-échange, les pays qui entrecroisent leurs intérêts économiques en multipliant leurs échanges, rendent toute guerre entre eux trop coûteuse. Faites du commerce, vous ne ferez pas la guerre.

Partager des réalités de la vie commune


Une autre remarque à faire concerne le bénéfice matériel de la construction européenne pour les citoyens de base. Les années cinquante, c’était le moment de la reconstruction, de l’arrivée de produits américains et peu à peu de produits d’autres pays européens. Mais ce que l’Europe a apporté, avec la paix, c’est la souveraineté alimentaire. La Politique agricole commune lancée en 1962 a été l’action protectrice essentielle de l’Europe, avec plus des deux tiers de son budget pendant 30 ans. Les citoyens ont été désormais à l’abri de la faim et ont trouvé des aliments à des prix accessibles, avec des agriculteurs mis en état de les fournir.

De quoi d’autre créditer l’Europe ? Les citoyens interrogés répondent : Ariane Espace, Airbus. Mais il s’agit là de réussites hors institutions européennes. Les citoyens impliqués dans l’écologie soulignent l’importance des normes européennes pour l’environnement ce qui est tout à fait exact. Et l’euro ?

L’euro, certes, dans les pays de la zone, sonne dans les poches des citoyens et constitue un signe de ce qu’ils sont bien liés ensemble. La fin des droits de douane dès 1968, relayée par le marché unique en 1992 a fini, avec l’euro, par enchevêtrer les économies nationales au point que le quitter apparaisse entraîner un drame terrible. Mais la concurrence libre et non faussée qu’il exige et dont l’institutionnalisation fut refusée en 2005 par référendum, n’a pas conduit à la convergence des économies en dépit des critères de Maastricht et pactes ultérieurs. Pire, les inégalités et la pauvreté ont grimpé, la croissance a fondu, les politiques européennes ont mis l’espoir en berne.

Face à cela nos concitoyens souhaitent converger vers une Europe solidaire qui ne partage pas seulement l’euro, mais des réalités de vie commune, concrètes, et meilleures, de Brest à Varsovie, de Stockholm à Lisbonne. L’amélioration des conditions de travail, des conditions d’aide à la maternité et de l’égalité des sexes, la même promotion de l’éducation, de la culture, du soutien aux personnes âgées, la même fiscalité pour les personnes, les entreprises, le même accueil des migrants, les mêmes services publics.

Il faudrait pour le moins une véritable volonté politique et une vraie représentation des citoyens européens pour avancer dans cette direction.

Marc Humbert
Professeur émérite à l’université de Rennes 1.


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Et si, sur le fond, Trump avait raison ?

Tribune publiée sur altersocietal le dimanche 10 juin 2018

Trump ne veut pas d’un libre-échange aveugle et destructif socialement. L’économiste français, Maurice Allais, prix Nobel 1988, proclamait lui aussi ce caractère insensé de la mondialisation. Il dénonçait l’illusion théorique portée par Macron : le libre-échange permet une allocation optimale des facteurs, et par suite une croissance globale la plus forte possible. Il rappelait les autres « vérités » théoriques. En libre échange, il y a un seul prix mondial pour tout bien ou service y compris le travail : le salaire est le même partout dans le monde. Le libre-échange concerne aussi les monnaies : les taux de change s’ajustent et les commerces extérieurs des pays sont équilibrés.

Maurice Allais tenait pour inacceptables pour les pays riches [sauf pour la puissance dominante] les conséquences du libre-échange entre pays à niveaux de vie différents : le chômage si les salaires y sont rigides, l’aggravation des inégalités sociales, si les salaires sont flexibles. Si le pays est super-puissant, les exportations couvrent les importations, mais celles-ci portent sur des biens fabriqués avec beaucoup de travail peu qualifié, mettant au chômage les travailleurs. Ce qui ne peut être compensé que par un fort excédent car les exportations de biens sont fabriquées avec peu de travail, mais très qualifié. Disparu en 2010, Maurice Allais a attiré l’attention sur une évolution qu’il datait de 1974, et qui est maintenant telle que Trump tente de la stopper.

Le libre échange ne nous a pas apporté la croissance


Le libre-échange généralisé est récent. Il n’a pas produit la révolution industrielle ! Bien au contraire. L’Angleterre se protégeait en imposant ses exportations au reste du monde. L’Allemagne ou les Etats-Unis ont levé des barrières pour s’industrialiser à la fin du 19ème siècle. Bref, le monde a toujours pratiqué les restrictions au commerce. Après 1945, les Etats-Unis relaient l’Angleterre comme puissance dominante et prônent le libre-échange. Mais les accords du GATT seront limités à des réductions tarifaires dans l’industrie et tous les pays résistent en levant des barrières non tarifaires, comme l’autolimitation des exportations dans l’acier, l’automobile, l’électronique etc. Il faut attendre l’OMC créée en 1995 pour qu’émerge un libre échange généralisé à l’industrie, à l’agriculture, aux services et favorisant la mondialisation étendue, la financiarisation et l’hyper concentration de firmes géantes.

Deux remarques sur le contexte réel. Les glorieuses années de croissance de 1945 à 1975 se sont faites sans l’OMC. Depuis 1975, comme en 2017, les Etats-Unis sont en déficit extérieur, tandis que le Japon et l’Allemagne sont excédentaires. Ils sont rejoints par la Chine, laquelle a rattrapé le Japon comme financeur des déficits américains accumulés. En poids économique, c’est la Chine qui devient la puissance dominante et va tenter ce que firent ses prédécesseurs. Ce n’est pas l’Union Européenne. Bien qu’elle soit dite la première puissance commerciale du monde, car elle est morcelée.

Pourtant l’Allemagne a le premier excédent commercial mondial, avant la Chine, tout d’abord sur les Etats-Unis. Mais elle est « petite » et en déficit vis-à-vis de la Chine. Elle a certes un excédent sur la France au commerce extérieur structurellement déficitaire. La Chine produit la moitié de l’acier mondial, 10 fois plus que les Etats-Unis, 20 fois plus que l’Allemagne, 55 fois plus que la France. Vouloir s’en remettre au libre-échange pour régler les intérêts manifestement divergents entre des pays aux puissances économiques et aux niveaux de vie si différents est insensé. Le commerce international doit être un commerce négocié et c’est ce dont ont besoin la plupart des pays. Sur le fond, la théorie et Macron ont tort, Trump a raison. Mais il faut lancer des négociations pour réellement gérer le commerce mondial. Avec la Chine, pas même invitée au G7 alors que Trump - qui parle avec tout le monde- est le seul à avoir regretté l'absence de la Russie.

Marc Humbert
Professeur émérite d’économie politique à l’université de Rennes.
Vice-président de l’association des convivialistes.

Soif de liberté, en 2018 comme en 1968.

Tribune publiée par Ouest-France le lundi 18 juin 2018 version pdf

Quelles libertés ont été obtenues après la révolte de 1968 ? Distinguons deux catégories, celles obtenues de l’action des étudiants et celles gagnées par les travailleurs.

Les étudiants en réclamant la mixité, la libération et l’égalité des sexes, ont amorcé un mouvement qui se poursuit : les lois Veil et autres en faveur de l’égalité homme-femme, le mariage pour tous, les discussions sur la PMA ou les drogues douces.

Cette libération a touché l’habillement. L’abandon des sages jupes plissées, des fichus, le port du pantalon, du monokini et de la mini-jupe, la généralisation du blue-jean, de tenues colorées, du sac à dos ; bref, changement d’uniforme et abandon du raccommodage. Voilà le paysage vestimentaire occidental mondialisé et affiché dans les médias sans carré blanc.

Mais n’ont été libérées, ni la parole des femmes, ni leurs vies toujours soumises à la domination masculine, aux harcèlements, aux abus sexuels, aux sévices. Plus de la moitié de l’humanité reste donc assoiffée de vraie liberté.

Les revendications étudiantes concernaient peu l’accès à l’université : seuls 12% d’une génération d’alors avaient eu le bac pour 80% aujourd’hui. Progrès, mais ParcourSup freine et après l’université, il faut échapper à un chômage de masse qui était encore sous les 2% en 1968.

De ce fait les revendications des travailleurs étaient ailleurs ; ils voulaient être mieux payés, allonger les congés payés, ce qui sera obtenu après la plus grande grève générale depuis 1936, une grève comme on n’en n’a plus revu.
Précarité, mal-être


La liberté revendiquée est celle de l’accès pour le plus grand nombre aux attributs de la classe moyenne : la télé, bientôt en couleur, l’automobile, plus tard le téléphone (fixe), les vacances au soleil, peut-être aux Baléares, et bientôt de neige, la propriété du logement, la santé, l’éducation jusqu’à l’université pour les enfants. Bref la société de consommation et des loisirs.

Mais l’ascenseur social s’est bloqué, la classe moyenne voit ses acquis rognés, dévalorisés. Les consommations de la société des plaisirs, toujours renouvelées, sont difficiles d’accès car le pouvoir d’achat est bloqué et après un long ralentissement de son évolution. En outre le chômage, une offre d’emplois en CDD raccourcis, la précarité signifient pour la moitié des actifs un travail source non pas de « bien-être » mais de « mal-être ».

Bien des ouvriers en 1968, travaillant dans des conditions difficiles, aimaient leur métier pratiqué en équipe, réalisant un produit de qualité pour améliorer la vie de la société. Ils s’y épanouissaient. La grève, ce fut pour être mieux payé, pour des jours de congés, pour garder ces emplois.

Libérer le travail


Utiliser des robots ? Oui. Mais employer tous les actifs comme des robots et mesurer leur efficacité à l’aune des gains des actionnaires, non. Les actifs veulent travailler en équipe, collaborer pour réaliser le meilleur produit, rendre le meilleur service et satisfaire leurs destinataires, aussi bien dans les organisations privées que publiques. En finir avec cette aliénation, c’est cela libérer le travail. Ce n’est pas libérer la pseudo-concurrence et l’intelligence artificielle des quasi monopoles qui hantent les paradis fiscaux et aident à toutes les manipulations. Au contraire il faut contrôler Google, Facebook, Amazon, Apple, Microsoft. La loi est là pour protéger, c’est comme cela qu’elle donne au faible la liberté dont il a toujours soif 50 ans après 1968.

Marc Humbert
Professeur émérite à l’université de Rennes 1


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Japon -sept ans après le 11 mars 2011.

Tribune publiée sur altersocietal le lundi 12 mars 2018

Le 11 mars 2011, un formidable séisme a secoué le Japon. Il a provoqué sur toute la côte nord-est de l’île principale un tsunami gigantesque. La vague a atteint par endroit 40 mètres de haut, se riant de digues protectrices en béton armé, épaisses par endroit de plusieurs mètres et s’élevant à plus de 11 mètres. Prévenues un peu à l’avance de la vague, près de 20 000 personnes, confiantes ou n’ayant eu le temps de s’enfuir assez loin, assez haut, ont été happées par la vague. Des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur habitation et ont été relogées dans des habitats précaires où plusieurs milliers vivent encore. Des centaines de milliers de famille ont perdu un conjoint, un enfant, un parent. Le traumatisme leur reste présent. Aujourd’hui le paysage a été modifié, des habitats, des routes ont disparu à jamais. La blessure reste là. Et ces familles commémorent leurs disparus chaque année. Ayons une pensée pour eux.

Ce désastre s’est prolongé. Une centrale nucléaire de Fukushima a été atteinte et ses trois réacteurs en fonctionnement ont été inondés, les systèmes de secours mis hors d’usage. Une suite d’explosions du 12 au 15 mars et la fusion des cœurs des trois réacteurs a déversé dans l’atmosphère un nuage radioactif qui s’est diffusé au gré du vent. La région, le Japon, le monde ont échappé au pire: il n’y a pas eu de réaction en chaîne.

Les conséquences qui n'en finissent pas


Mais la centrale reste radioactive au-delà de la normale et il faut encore refroidir ses réacteurs. L’eau injectée, contaminée de ce fait, échappe en partie à la récupération. Celle qui l’est s’entasse dans des milliers de cuves toujours plus nombreuses. La décontamination de superficies immenses pour essayer de rendre habitables (des conditions de radioactivité bien plus élevées que la normale) est un travail sans fin. Il accumule les montagnes de déchets radioactifs au moins jusque 2300, mis dans des millions de sacs en principe bien étanches. Mais on ne décontaminera pas les forêts. Et beaucoup des 200 000 personnes déplacées ne reviendront pas.

Le déni des souffrances et la reprise nucléaire


Le gouvernement minimise la mortalité due à la radioactivité et peine à reconnaître qu’elle est à l’origine des 150 cas de cancer de la thyroïde des jeunes – pourtant des dizaines de fois plus fréquents que la normale. Il ignore la surmortalité dans ces zones qui dépasse le nombre de victimes du tsunami selon Rémi Scoccimarro*. De Fukushima à Tokyo, chacun sait qu’il a été exposé à des doses anormales de radiation. Quand il détecte chez lui, ou chez un proche, tel ou tel symptôme, lui vient à l’esprit que c’est peut- être lié à cela. Le Gouvernement soutient – écrit Cécile Brice*- que c’est cette angoisse et non les supposées radiations qui rend malade. Néanmoins la souffrance est là.

Le Japon a recodifié les règles d’urbanisme et d’organisation de l’espace en bord de mer. Le département de Fukushima a en outre choisi de quitter le nucléaire pour les énergies renouvelables. Il veut couvrir ainsi 40% de sa consommation en 2020 et 100% en 2040. Ce n’est pas le choix du gouvernement japonais. Il relance ses réacteurs, cinq sont à nouveau en fonctionnement (sur 51 en 2011). A l’encontre du sentiment majoritaire au Japon et de celui d’anciens premiers ministres de sensibilité différentes comme Yasuhiro Nakasone, Junichiro Koïzumi ou Naoto Kan. Ils soulignent que c'est le seul moyen d’atteindre le risque zéro : arrêter toutes les centrales.

Manifestement "l'efficacité" espérée prime sur "l'humanité". Au Japon, comme en France. L'Allemagne suite à Fukushima a fait un autre choix. Faut-il attendre la prochaine catastrophe pour que "l'humanité" soit préférée au rêve d'efficacité?

Marc Humbert
Professeur, ex-directeur (2008-2011) à la Maison Franco Japonaise de Tokyo

*Actuellement chercheurs au centre de recherche de la Maison franco japonaise de Tokyo.

Davos, encensé ou décrié!

Tribune publiée en ligne dans le journal La Croix, le jeudi 25 janvier 2018
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Davos, encensé ou décrié, semble n’être qu’un forum où se rencontrent depuis 1971 ceux qui, par leurs actions et leurs interactions, assurent la gouvernance du Monde, en fonction de leurs valeurs, de leurs intérêts et des contraintes rencontrées. La forme de mondialisation que Davos impulsait a semblé devenir de plus en plus dangereuse pour des intellectuels et des militants qui se sont dits anti puis « altermondialistes ». Ils ont tenté de trouver les moyens de contrecarrer cette évolution en réunissant un Forum social mondial au Brésil, fin janvier 2001, en même temps et en opposition au Forum de Davos.

À l’époque, Davos réunissait déjà, non seulement un millier de dirigeants de grandes entreprises, mais aussi, des chefs d’Etat en particulier du « Tiers-Monde » par exemple du Mozambique, de la Tanzanie, du Nigeria, de la Colombie ou du Sénégal. Et aussi des représentants de la « société civile » avec des responsables, par exemple de Greenpeace, d’Amnesty International ou du Fonds mondial pour la nature (WWF) et de fédérations syndicales internationales. En 2003, à peine élu président du Brésil, Lula, vient s’exprimer à Davos dont il avait dit, là « ils discutent de la manière de créer plus de richesses, nous, au Forum social, de la manière de mieux les distribuer". Certes il y a martelé qu’on « « ne peut pas continuer emprisonné dans une logique économique où des peuples peuvent manger cinq fois par jour et d’autres une fois tous les cinq jours ».

Le changement majeur depuis 2001, n’est pas économique mais politique


Les tentatives altermondialistes, bien que poursuivies, n’ont pas abouti : les richesses ne sont pas mieux distribuées aujourd’hui, comme en témoigne le dernier rapport d’Oxfam. L’inanité des Forum sociaux a laissé surgir en 2011, se référant aux « indignés » de Stéphane Hessel, des mouvements éphémères d’occupation des places, à Wall Street et dans 80 pays, qui proclamaient être les 99 % des citoyens du monde. En France on a vu une nouvelle éruption passagère avec Nuit debout en 2016. Joseph Stiglitz (Nobel d’économie en 2001) qui a participé à de nombreux forums de Davos mais aussi à des éditions du Forum social mondial comme à Bombay en 2004, ne cesse pas d’essayer, avec quelques autres, de promouvoir des mesures pour remédier à la montée des inégalés aux États-Unis et dans le monde. Mais il a dû constater (en 2011) « les 1 % les plus riches font fonctionner l’économie, la planète, pour leurs intérêts ».

Le changement, c’est la montée de l’implication politique des grandes entreprises


Jusqu’alors, elles en restaient au Lobbying, se faisant concurrence sur les marchés et soumises aux lois des États. Désormais elles préfèrent les tribunaux d’arbitrage aux législations publiques, le Conseil économique Transatlantique, club des plus grandes entreprises des États-Unis et de l’Union Européenne se dit « entité politique » pour surveiller, faire avancer et accélérer l’intégration des économies d’Amérique et d’Europe. Le Danemark s’est doté d’un « ambassadeur digital » auprès des GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) car « Dans le futur, nos relations bilatérales avec Google seront aussi importantes que celles que nous entretenons avec la Grèce. […] Ces sociétés sont devenues des sortes de nouvelles nations, et nous devons y faire face ». Les chefs de gouvernement représentent leurs peuples et se reconnaissent mutuellement leurs souverainetés. Qu’en est-il des assises démocratiques de ces nouvelles « entités politiques » ? Davos consacre leur co-gouvernance du monde, c’est un changement majeur vis-à-vis de la conception libérale de la politique et de l’organisation démocratique du fonctionnement des sociétés humaines.

Marc Humbert
Convivialiste, professeur émérite à l’université de Rennes


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Une France forte dans un monde fraternel

Tribune publiée dans Ouest-France du jeudi 18 janvier 2018
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Formulons des vœux pour que notre pays, devienne une France davantage capable d’interagir avec les autres nations, pour que les Français, deviennent des Français davantage capables d’interagir entre eux, avec les Européens, et avec les migrants…

Et pour poursuivre, avec tous, la constitution d’un monde plus fraternel. C’est une manière de considérer la France forte. La France forte, dans l’esprit des mots présidentiels, c’est celle qui s’affirme par rapport à l’Allemagne en Europe, celle européenne qui s’affirme par rapport aux Etats-Unis, à la Chine. Une France dans une compétition internationale où l’intelligence y est conçue comme une arme stratégique.

Depuis 2000, selon un objectif réaffirmé à Lisbonne en 2010, l’Europe veut devenir « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Pour cela, elle vise à dépenser 3% de son PIB en recherche et développement (R&D), mais en reste encore à 2% comme la France.

Une récente étude du BCG (Boston Consulting Group) confirme que, dans dix ans, plus de 25% des tâches industrielles seront exécutées par des robots. L’Allemagne ou le Japon ont déjà trois fois plus de robots par employé que nous.

Le progrès scientifique amène l’intelligence artificielle qui va assurer la maîtrise du monde (selon le président russe Wladimir Poutine) tant économique que militaire, et qui fera la hiérarchie des nations (d’après Elon Musk, PDG de Tesla).
Education de l'intelligence humaine


Alors pour que le souhait d’une France forte soit exaucé, il faut non seulement élever le niveau de dépenses de R&D mais renforcer la capacité à mener ces recherches pour le progrès scientifique. En mettant le plus de ressources possibles pour l’éducation de l’intelligence humaine, du jardin d’enfants, à l’université où il faut bien accueillir les étudiants, en grand nombre. Foin des vœux pieux, que les décideurs qui font, prennent des décisions conséquentes !

Qui ne souscrirait aux vœux du Président Macron d’une France forte et juste ? Plus d’intelligence et plus de fraternité. Une intelligence qui soit compréhension mutuelle. Non pas compétition pour être le plus fort, mais pour faire avancer la France, l’Europe, le Monde, vers plus de fraternité. Pour ne pas en rester à des souhaits, l’exigence de fraternité est celle de décisions fortes permettant de réduire les inégalités inacceptables. Comment peut-on avoir de telles réussites, être la cinquième puissance économique du monde et avoir tant de personnes à vivre dans la rue ? Tant de personnes sans emploi ?

Ne voit-on pas que la persistance et même l’aggravation des inégalités internationales nourrissent et le terrorisme et les migrations économiques ? Les migrations climatiques ont-elles aussi commencé. On ne pourra arrêter les migrants, il faut les accueillir humainement. Et prendre enfin les mesures nécessaires pour aider véritablement ces pays à organiser des conditions matérielles de vie dignes pour leurs ressortissants.

Il faut réguler les échanges internationaux et proposer à l’Afrique autre chose que des accords de partenariat économique libre-échangistes. C’est à dire par exemple, éviter la destruction complète des agricultures locales qu’a commencé l’exportation chez eux de poulets surgelés ou de concentrés de tomates. L’OMC doit laisser place à une organisation de la répartition mondiale des productions pour donner à chaque pays sa place dans la construction du monde.

Formulons des vœux pour qu’une France forte et juste se déploie dans un monde plus fraternel.

Marc Humbert
Professeur émérite à l’université de Rennes 1.


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