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TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
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Est-ce que demain sera mieux ?

Publié sur Ouest-France, le 19 octobre 2021 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier

Il paraît que les anciens ont toujours dit que c’était mieux avant. Je suis devenu un ancien et j’ai comme le souvenir que mes grands-parents, dans les années 1960, trouvaient qu’ils n’avaient jamais aussi bien vécu, bénéficiant avec une retraite d’une situation jamais connue auparavant. La vie quotidienne avait été transformée avec un habitat en dur, un équipement de la maison, des possibilités de transport, la télévision et les enfants qui partaient en vacances et qui avaient une voiture. Cela est devenu le cas pour plus de la moitié de la population, qui est entrée dans la société de consommation, sans chômage. C’était une entrée réclamée pour tous par les grévistes ouvriers de 1968 mais dénoncée pour son manque d’idéal par les étudiants qui pestaient aussi contre le conservatisme patriarcal et le néocolonialisme.

La consommation au cœur du changement

Le monde d’aujourd’hui est bien différent. Nous avons presque tous un téléphone « intelligent », un accès à internet, aux « réseaux sociaux » et nous gardons le contact avec parents et amis même au bout du monde. Les supermarchés ont élargi nos consommations, parfois peu utiles, issues d’innovations artificielles déclassant trop vite les produits. Nous avons accès à une myriade de sortes de jouets pour enfant, de sortes de chaussures de sport quand n’existait que le choix entre tennis ou baskets. Nous sont proposés une infinie variété de produits laitiers quand il n’y avait que yaourt ou fromage blanc natures, un déluge de sodas, de produits surgelés, une panoplie de vélos quand un vélo durait une vie, on change de voitures… On peut se faire livrer à domicile, n’importe quoi venu du monde entier en quelques clics.

Assez agréable, mais l’habitat ne s’est pas vraiment amélioré, les sans-abri n’ont pas disparu, les secours catholique ou populaire et les restos du cœur n’ont jamais eu tant à faire, et le chômage de masse s’est installé. La durée de vie moyenne s’est allongée, mais le cancer et les maladies cardiovasculaires n’ont pas disparu et voilà que surviennent des pandémies. Elles seraient liées à notre impact sur l’environnement, dégradé fortement depuis les années 1960 : nos « avancées » ont réchauffé le climat qui en vient à brûler nos forêts et à inonder d’autres lieux, ont réduit la biodiversité, menaçant ainsi les possibilités de nous nourrir. Alors que la Fao nous indique que 3 milliards de personnes n’ont pas une alimentation suffisante pour se maintenir en bonne santé.

Est-ce que demain, lui, sera mieux ?

Quel bilan tirer de ce rapide panorama ? C’est mieux, beaucoup mieux aujourd’hui, pour ceux qui ont accès à toutes ces facilités de consommation. Mais l’expérience du confinement a permis d’apprécier que bon nombre de consommations n’étaient pas indispensables alors qu’elles ont des impacts négatifs au niveau collectif sur l’environnement. La vie quotidienne individuelle est rendue plus cool par nombre de « plus » non indispensables et réservés à un petit nombre, surtout à l’échelle de la planète. Ces plus ont même un effet négatif sur les possibilités futures de continuer en ce sens et de généraliser à ceux qui en sont exclus et qui semblent plus nombreux, au moins dans les pays « riches ».

Est-ce que demain, lui, sera mieux ? Nos efforts contre le patriarcat et le racisme ordinaire, pour la pacification du monde, vont-ils porter leurs fruits ? Allons-nous nous décider à prendre les mesures nécessaires pour sauvegarder la nature ? Allons-nous abandonner la poursuite d’innovations artificielles de produits non durables ? Demain sera mieux si c’est de ce côté et celui du partage des possibilités d’une vie suffisamment confortable pour être digne que nous nous orientons. C’est indéniablement un choix politique collectif. »

Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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Avec Edgar Morin : revivifions l’humanisme !

Publié sur Ouest-France, le 9 juillet 2021 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier

Nous fêtons le centenaire d’un grand penseur qui a cherché, comme les humanistes, à produire une connaissance qui permette aux hommes d’être libres et heureux. Il cite Montaigne : « j’estime tous les hommes mes compatriotes » pour en conclure : l’humanité a en commun la même Terre-Patrie, tous les hum ains partagent une même communauté de destin. Ce qui se perçoit aujourd’hui mieux que jamais, grâce à la mondialisation.

Son apport théorique des six volumes de La Méthode (publiés entre 1977 et 2004), n’est pas d’accès facile, mais il a écrit en outre une soixantaine d’ouvrages où il s’adresse à tous et à chacun. Là, il nous offre des savoirs qui évitent les aveuglements et les réductionnismes dont sont remplis les discours usuels.

"L’humanité : individu-espèce-société"

Il centre son propos sur l’unité de l’homme. À la fois bio-physique – de la matière minérale et organique comme tout ce qui se trouve sur Terre. Et psycho-culturel – nous devenons pleinement humains par notre cerveau bio-physique qui constitue son psychisme en interaction, avec tout notre corps et avec l’environnement dans lequel nous baignons, milieu naturel et milieu social. Depuis les premières bactéries, une longue évolution a fait émerger notre espèce, qui a surgi avec une culture faisant naître des pratiques symboliques.

Le caractère humain est à la fois celui de l’individu, de l’espèce biologique et de la société. L’espèce est présente dans les gènes de l’individu, lequel produit l’espèce en se reproduisant. De même l’individu est dans la société qu’il fabrique avec ses semblables, mais la société est en lui avec le langage, les normes qu’il intériorise. L’individu dépend de la société, qui dépend des individus. Chacun des termes de cette trinité est à l’intérieur et producteur des trois autres. Trois « réalités » séparées mais inséparables.

Considérer l’individu de manière séparée est un aveuglement ou un réductionnisme à éviter. Des discours pourtant ont séparé l’homme du biologique, l’esprit du corps, l’humanité de la Nature. Poussant l’humanité à maîtriser la nature alors qu’elle est nature qui est en elle. Un aveuglement responsable de la crise écologique. Ou encore séparer l’individu de la société et c’est selon la réduction choisie, soit l’individualisme débridé du néolibéralisme soit le totalitarisme stalinien ou aujourd’hui chinois où la société écrase l’individu.

Morin souligne que Pascal a été l’un des rares penseurs à avoir compris et accepté l’homme pour ce qu’il est, un tissu de contradictions. Il est à la fois sage et fou – la folie est souvent géniale-, il est fabricant concret et rêveur de mythes et de religions, il est parfois soucieux de son seul intérêt égoïste. Mais à d’autres moments, prêt à la gratuité ou au jeu échevelé. Il ne faut pas séparer, mais essayer de comprendre cet emmêlement qui fait le côté multidimensionnel de la réalité humaine.

Supprimer les contradictions offre l’illusion d’une pensée logique délivrant une vérité supérieure, qui se mue en idéologie totalitaire et vise à créer une société idéale.

Morin ne prône pas une révolution, il invite à cheminer autrement, aider à ce que chacun vive poétiquement, plus que survivre prosaïquement. « Bien-vivre », se sentir en plénitude avec soi-même et avec autrui, épanouir notre Je dans le Nous ce qui est l’aspiration humaine fondamentale.

Le souci de l’épanouissement personnel était dans l’idée anarchiste d’une société libertaire. L’épanouissement du nous, dans l’idée communiste d’une société fraternelle. L’épanouissement de la société, dans l’idée socialiste d’une société meilleure.

En les réunissant avec l’idée écologiste de l’épanouissement de la relation entre l’homme et la nature, u lieu de vouloir imposer l’une d’entre elles, on peut nous dit Edgar Morin, cheminer vers le bien vivre, et conduire les réformes aptes à revivifier notre humanisme pour un monde meilleur.

Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


Mais qui est cet Edgar Morin qui a fêté ses 100 ans le 8 juillet 2021 ?


Edgar Morin a marqué le monde de la pensée depuis la deuxième moitié du 20ème siècle et peut-être est-il le penseur de référence pour aider l’humanité à se sortir au cours de ce 21ème siècle des impasses où elle se débat. Penseur non-disciplinaire, mais combinant les connaissances de nombre de disciplines, Edgar Morin a construit une œuvre intellectuelle abondante qui renouvelle la manière de penser et de connaître l’univers où nous vivons. Il est principalement connu comme l’auteur d’une Méthode en six volumes, publiés entre 1977 et 2004 où il propose une manière originale et indispensable pour penser le monde de manière pertinente.

Il a fréquenté le monde politique, intellectuel et littéraire, depuis la deuxième guerre mondiale – et dans la résistance- jusqu’à aujourd’hui ; un temps marxiste et communiste, il a vite pris un cheminement non-conventionnel tant dans le domaine politique que dans le domaine scientifique ce qui lui a été source de méfiance plus que de reconnaissance. Il a construit une pensée originale en fécondant les intuitions nées de ses premiers travaux par l’inspiration venue d’avancées internationales en différents domaines et a développé des collaborations surtout en Italie, en Espagne et en plusieurs pays d’Amérique Latine. Elles ont été très appréciées et une quarantaine d’universités lui ont décerné le titre de Docteur Honoris Causa. Chercheur au CNRS il a été un travailleur infatigable, savant parcourant le monde, lecteur tout autant de romans que d’ouvrages scientifiques – et un cinéphile boulimique-, disséminant ses idées et dévorant la vie à plein.

Au cours de cette vie en tourbillon permanent, il a labouré le champ des connaissances sans jamais s’arrêter, creusant un sillon personnel profond et original. En particulier il a pris acte, un peu comme la physique quantique l’a fait dans le domaine du monde matériel, de ce que la complexité du monde échappe, rappelle-t-il souvent, à « toute logique qui exclut l’ambiguïté, l’incertitude [et qui] expulse la contradiction ». Et ceci concerne autant la physique et la biologie que la vie humaine et sociale. Il lui parait indispensable que chacun puisse accéder à ces apports de la connaissance et qu'une réforme de l'éducation accompagne la réforme de la pensée. Pour pouvoir cheminer résolument dans cette vie qui est la nôtre, en prenant le parti d'Eros, de l'amour, du bien vivre, contre celui de Thanatos, de la mort.

Pour ceux qui le découvrent ou veulent le redécouvrir à l'occasion de son centenaire lesquels de ses livres lire ?

Sur sa vie personnelle foisonnante et entremêlée avec sa vie intellectuelle son gros volume Les souvenirs viennent à ma rencontre, publié en 2019 chez Fayard et juste réédité. Sur la réforme de la pensée on peut lire L’Aventure de la Méthode sorti en 2015 au Seuil et qui mêle le contenu de cette réforme et le contexte concret de son élaboration. Il faut lire aussi Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur préparé à la demande de l'Unesco qui l'a publié en 1999 immédiatement en plusieurs langues. On ne réformera pas la pensée sans réformer l'éducation nous dit Edgar Morin. Enfin munis de cette pensée, nous pourrons cheminer autrement selon La Voie, c'est à dire en entreprenant un ensemble de réformes qu'il présente en 2011 dans un volume éponyme (paru chez Fayard) et dont il a donné une version résumée en 2020 (chez Denoël) en l'actualisant Changeons de Voie- Les leçons du coronavirus.


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Si on veut sauver non seulement la Terre mais aussi l'humanité ...

" N'oublions pas le tiers-monde ! "

Publié sur Ouest-France, le 17 mai 2021 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier

Il y a soixante ans, le président Kennedy promettait au tiers-monde, au nom de l’ONU, une Décennie du Développement. La solidarité des pays industriels n’a pas été au rendez-vous de la promesse. L’aide est restée faible, à peine 0,3 % du Produit national brut (PNB) des pays riches quand il fallait disait-on, au moins 0,7 %.

Bien au contraire, les pays riches se sont protégés des importations textiles du tiers-monde accusés de dumping social – leurs salaires sont trop bas, c’est vrai, mais c’est qu’ils sont pauvres ! L’industrialisation du tiers-monde paraissait un défi au moment où les pays pétroliers imposaient un rattrapage de prix en 1973. Les dollars versés pour le pétrole ont été prêtés au tiers-monde pour acheter les biens de consommations et les machines des pays industriels. L’endettement puis les plans d’ajustement ont ruiné les pays Africains pour longtemps. La France s’est pourtant investie dans une activité de coopération, avec un ministère dédié, une agence de développement. Elle est intervenue politiquement, économiquement, militairement, tout au long de ces soixante années.

Les Africains rêvent encore de venir en France

Mais la situation est catastrophique. Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture), un milliard d’Africains n’a pas accès à une alimentation suffisante, selon l’ONU le niveau de PNB/tête Africain n’atteint pas le 20e du niveau moyen des pays « développés ». Cette pauvreté pousse au désespoir les Africains qui ne font pas partie de la petite élite cosmopolite qui se rattache au « Nord Global ». Celle qui fréquente de rutilants centres commerciaux qui vendent les mêmes biens des mêmes grandes marques que partout sur le globe.

Elle vit dans des résidences protégées par des murs et des miliciens armés, et prend l’avion vers Paris ou New York. Tandis que dans le reste de la population, une moitié est réduite à l’indigence et l’autre, un peu mieux lotie, rêver d’émigrer, même si nombreux sont ceux qui tiennent la France pour responsable de la situation de leur pays et que certains sont au bord de la révolte et du soutien aux djihadistes de tous bords.

L’immigration rencontre sa limite d’acceptabilité dans la population française, notamment dans les quartiers pauvres où les immigrés récents sont plus nombreux. Une proportion importante de la population d’origine Africaine vit en France dans des conditions difficiles. Dans l’ensemble du pays une part des classes moyennes, voire supérieures, non musulmanes, pousse à une lutte ouverte de la République Laïque contre les expressions publiques de l’Islam, justifiée par la récurrence des attentats.

Bref la demande sociale en France est forte, pour un État sécuritaire, un blocage de l’émigration, et un repli identitaire.

Pour une stratégie mondiale de développement

En réponse des mesures gouvernementales ont réduit les libertés civiles, tandis qu’elles n’enrayent ni les attentats ni l’immigration nourrie par la situation en Afrique. Ces maux continueront tant que l’Afrique n’aura pas accès massivement à des conditions de vie décentes.

Pour sortir de l’impasse, il faut mettre en œuvre une véritable stratégie mondiale de développement ce qui exige d’aller au-delà d’une croissance verte même modérée qui pourrait sauver la planète mais pas l’humanité. Il faut réorienter le progrès technique, la structure de nos productions et de nos consommations et appliquer au niveau mondial l’idée d’aménagement du territoire. Afin de mieux partager – au sein de chaque pays et entre pays — les fruits du travail de chacun et les dons de la Terre. C’était ce que préconisait Paul Bairoch en 1971 au vu de l’échec de la Décennie du développement. Il serait grand temps de ne pas oublier le tiers-monde et de s’atteler à ce programme.

Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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Comment transformer le vaccin en bien commun ?

Publié sur Ouest-France, le 20 mars 2021 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier

S’appuyant sur l’Organisation mondiale de la santé qui considère le vaccin comme un bien commun, de nombreuses pétitions demandent que ce vaccin contre la Covid soit mis à disposition de l’ensemble de la population mondiale.

Cette position éthique peut concerner d’autres cas que ce vaccin. Tout d’abord, ses successeurs pour combattre l’évolution du virus et l’arrivée d’autres virus pandémiques. Ensuite, tout médicament coûteux mais indispensable qui, à l’instar de ce vaccin, ne doit pas être traité comme une marchandise. Tout humain à qui il est nécessaire doit en bénéficier.

Pour trouver de quelle manière transformer en bien commun tout traitement crucial comme le vaccin des Big Pharmas, il faut tenir compte de la façon dont ces médicaments sont créés.

Un quasi-monopole de l’industrie du médicament

Pour tout problème sérieux de santé nous avons recours aux créations des Big Pharmas. Dix entreprises font 40% du marché mondial (les dix suivantes 25%). Chacune dispose de quelques produits créés avec lesquels elle détient un quasi-monopole durant les trente ans de validité de ses brevets, pour telle variété d’une pathologie. Délai employé pour en créer d’autres à diffuser grâce à un bon marketing.

Ainsi, autant que possible, toutes les maladies fréquentes et graves des pays riches sont traitées, variété par variété, à l’aide d’un produit d’une des Big Pharmas. Nous sommes dépendants d’eux comme nous le sommes des Gafas dans un autre domaine. Toutefois ici l’oligopole est plus étendu et dans les 20 premières sociétés, neuf sont des Etats-Unis, et trois de l’Union Européenne (plus Astra Zeneca, Britannico-Suédoise) dont la française Sanofi. Mais notons qu’elle est détenue à 60% par des étrangers et qu’elle a quatre-vingt-un sites industriels dans trente-six pays. C’est une industrie mondialisée, concentrée.

Dans cet oligopole règne une compétition féroce pour mettre au point et vendre des traitements à pouvoir de monopole. Cela conduisit dans le passé à des fusions-concentrations constitutives de ce groupe de Big Pharmas - ainsi Sanofi fusionna en 2004 avec l’Allemande Aventis-, et, depuis la révolution biogénique, à des rachats de start-ups à la pointe de l’innovation. Ces novateurs parfois devenus gros comme la Suisse Actelion fondée par un couple en 1997 et finalement vendue 30 milliards de $ au n°1 mondial Johnson & Johnson en 2017. Les dix premières ont fait des rachats importants de compétences si ce n’est de start-ups entières au cours des cinq dernières années.

Les Big Pharmas fonctionnent selon les exigences de leurs actionnaires

En fait le vaccin dit Pfizer a été mis au point par une petite firme Allemande Bio Ntech avec le soutien de la Banque européenne d’investissement. Ces Big Pharmas passent aussi de nombreux accords avec des universités dont elles co-financent des recherches, c’est le cas du vaccin d’Astra Zeneca en fait développé à l’université d’Oxford. Ces Big Pharmas consacrent ainsi au total 20% de leur chiffre d’affaires en moyenne à la R&D.

Les résultats de ces Big Pharmas sont formidables. Leurs produits sont vendus à bon prix, achetés en fait collectivement par des assurances santé, publiques ou privées, et dégagent une forte rentabilité. Entre 2000 et 2018 alors que la croissance mondiale se fait au rythme de 3,3% par an, elles affichent un taux de rentabilité du 13,7%, presque le double des 7,7%, le taux moyen des 500 entreprises de l’indice Standard & Poor (étude publiée en 2020 par le journal de l’association médicale américaine).

Les Big Pharmas fonctionnent avec la logique et les exigences de leurs actionnaires. Le professeur Fred Ledley auteur de l’étude citée, concluait : il nous faut trouver un point d’équilibre entre le droit de chacun à la santé et la nécessité que des investisseurs continuent de financer ces entreprises technologiques pour qu’elles poursuivent la mise au point des traitements dont nous avons besoin. Dit autrement, il faut savoir comment passer d’une logique d’actionnaire à une logique du bien commun.

Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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Cela fait deux générations, presque 50 ans, que s'est tenu, en 1972,
le premier sommet de l'ONU sur l'environnement :
il est plus que temps de nous mobiliser avec une détermination citoyenne. Nous disposons de moyens d'actions simples, dont il est facile de nous saisir, pour que nous, citoyens de cette planète, prenions enfin réellement soin de la Terre.
Des mesures courageuses d'accompagnement sont à prendre par les pouvoirs publics pour que nos actions soient les plus efficaces possibles sans pour autant porter atteinte à notre bien-être, bien au contraire.
C’est une bonne résolution pour 2021.

Résolution 2021: prendre vraiment soin de notre Terre

Publié sur Ouest-France, le 28 janvier 2021 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier

Nous sommes une multitude à avoir ce souci « écologique », un peu idéal, de prendre soin de la Terre. Nous sommes prêts à faire quelque chose, certes qui ne réduise pas notre bien-être, ce dont les écologistes durs semblent nous menacer.
Nous évitons les excès d’éclairage et de chauffage, nous ne gaspillons pas l’eau, nous renonçons aux emballages plastiques, nous recyclons au mieux nos déchets. Mais sans effet apparent sur la situation globale. D’autres modifications de comportement pourraient influer de manière significative sur la santé de la Terre.

Dans deux domaines elles seraient à même, - au titre par exemple d’une résolution pour 2021, sans réduire notre bien-être matériel, tout au contraire-, de redonner des couleurs à la Planète. Il s’agit de notre alimentation et de nos déplacements.

Choisir une alimentation moins carnée

L’agriculture et les transports sont, en effet, responsables, ensemble, de 38% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), 46% en France. L’empreinte carbone totale de la France est due, pour plus du tiers, à l’agriculture et au transport routier. Modifier nos habitudes en ce domaine sera bénéfique pour notre bien être tout en ayant un impact significatif sur la situation planétaire.

Dans l’agriculture, l’élevage est responsable de la moitié de l’empreinte carbone et des trois quarts des Gaz à effet de serre. Avec une part des aliments pour animaux qui est importée et produite après déforestation en Amazonie. Avec une autre part produite au détriment de la production de nourriture humaine : 80 % des terres arables dans le monde (et en France) servent pour les animaux alors que certains s’inquiètent de notre capacité à nourrir le monde.

La consommation de viande s’est accrue filant vers le niveau nord-américain : 124kg/ an aux Etats-Unis, en France nous en sommes à 84kg.

Cette surconsommation de viande nuit à notre santé. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) en a pointé, en 2015, la responsabilité dans les maladies cardiovasculaires, les diabètes de type 2 et certains cancers. Si nous décidons de nous tourner vers une alimentation moins carnée et plus variée en légumes, une politique agricole adaptée devra soutenir la conversion des agriculteurs. Et nous commencerons à réduire nos émissions de GES. Ce serait bon pour la Terre et bon pour notre bien-être. Voyons notre autre levier d’action.

Prioriser la marche, le vélo, les transports en commun

Les transports produisent, en France, 31% des émissions de GES – 28% pour la route. Passer à l’automobile électrique, c’est substituer au pétrole une énergie électrique dont il faut accroître la fourniture. La production de ces véhicules est gourmande en ressources rares et polluante en GES et en déchets. Réduisons plutôt la place de l’automobile.

Organisons nos villes pour les piétons et les cyclistes, avec des transports en commun gratuits. Apprécions la vie avec des commerces de proximité, faisons nos courses à pied avec un chariot, emmenons les enfants à la librairie, à la médiathèque, évitons les grands centres commerciaux périphériques. La forte densification des transports en commun dans les bassins d’emploi est un choix collectif impératif. Pour aller loin de notre domicile, préférons le train, sur place à l’occasion, louons un véhicule.

Dans ce domaine aussi les pouvoirs publics devront s’adapter à la volonté citoyenne et prendre les mesures pour accompagner cette réduction des GES et des pollutions sources de maladies pulmonaires et cardiovasculaires.

En divisant par deux notre consommation de viande et nos kilomètres parcourus en voiture, nous contribuerons de manière significative à restaurer la santé de la Terre.

Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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