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Comment transformer le vaccin en bien commun ?

Publié sur Ouest-France, le 20 mars 2021 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier

S’appuyant sur l’Organisation mondiale de la santé qui considère le vaccin comme un bien commun, de nombreuses pétitions demandent que ce vaccin contre la Covid soit mis à disposition de l’ensemble de la population mondiale.

Cette position éthique peut concerner d’autres cas que ce vaccin. Tout d’abord, ses successeurs pour combattre l’évolution du virus et l’arrivée d’autres virus pandémiques. Ensuite, tout médicament coûteux mais indispensable qui, à l’instar de ce vaccin, ne doit pas être traité comme une marchandise. Tout humain à qui il est nécessaire doit en bénéficier.

Pour trouver de quelle manière transformer en bien commun tout traitement crucial comme le vaccin des Big Pharmas, il faut tenir compte de la façon dont ces médicaments sont créés.

Un quasi-monopole de l’industrie du médicament

Pour tout problème sérieux de santé nous avons recours aux créations des Big Pharmas. Dix entreprises font 40% du marché mondial (les dix suivantes 25%). Chacune dispose de quelques produits créés avec lesquels elle détient un quasi-monopole durant les trente ans de validité de ses brevets, pour telle variété d’une pathologie. Délai employé pour en créer d’autres à diffuser grâce à un bon marketing.

Ainsi, autant que possible, toutes les maladies fréquentes et graves des pays riches sont traitées, variété par variété, à l’aide d’un produit d’une des Big Pharmas. Nous sommes dépendants d’eux comme nous le sommes des Gafas dans un autre domaine. Toutefois ici l’oligopole est plus étendu et dans les 20 premières sociétés, neuf sont des Etats-Unis, et trois de l’Union Européenne (plus Astra Zeneca, Britannico-Suédoise) dont la française Sanofi. Mais notons qu’elle est détenue à 60% par des étrangers et qu’elle a quatre-vingt-un sites industriels dans trente-six pays. C’est une industrie mondialisée, concentrée.

Dans cet oligopole règne une compétition féroce pour mettre au point et vendre des traitements à pouvoir de monopole. Cela conduisit dans le passé à des fusions-concentrations constitutives de ce groupe de Big Pharmas - ainsi Sanofi fusionna en 2004 avec l’Allemande Aventis-, et, depuis la révolution biogénique, à des rachats de start-ups à la pointe de l’innovation. Ces novateurs parfois devenus gros comme la Suisse Actelion fondée par un couple en 1997 et finalement vendue 30 milliards de $ au n°1 mondial Johnson & Johnson en 2017. Les dix premières ont fait des rachats importants de compétences si ce n’est de start-ups entières au cours des cinq dernières années.

Les Big Pharmas fonctionnent selon les exigences de leurs actionnaires

En fait le vaccin dit Pfizer a été mis au point par une petite firme Allemande Bio Ntech avec le soutien de la Banque européenne d’investissement. Ces Big Pharmas passent aussi de nombreux accords avec des universités dont elles co-financent des recherches, c’est le cas du vaccin d’Astra Zeneca en fait développé à l’université d’Oxford. Ces Big Pharmas consacrent ainsi au total 20% de leur chiffre d’affaires en moyenne à la R&D.

Les résultats de ces Big Pharmas sont formidables. Leurs produits sont vendus à bon prix, achetés en fait collectivement par des assurances santé, publiques ou privées, et dégagent une forte rentabilité. Entre 2000 et 2018 alors que la croissance mondiale se fait au rythme de 3,3% par an, elles affichent un taux de rentabilité du 13,7%, presque le double des 7,7%, le taux moyen des 500 entreprises de l’indice Standard & Poor (étude publiée en 2020 par le journal de l’association médicale américaine).

Les Big Pharmas fonctionnent avec la logique et les exigences de leurs actionnaires. Le professeur Fred Ledley auteur de l’étude citée, concluait : il nous faut trouver un point d’équilibre entre le droit de chacun à la santé et la nécessité que des investisseurs continuent de financer ces entreprises technologiques pour qu’elles poursuivent la mise au point des traitements dont nous avons besoin. Dit autrement, il faut savoir comment passer d’une logique d’actionnaire à une logique du bien commun.

Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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Cela fait deux générations, presque 50 ans, que s'est tenu, en 1972,
le premier sommet de l'ONU sur l'environnement :
il est plus que temps de nous mobiliser avec une détermination citoyenne. Nous disposons de moyens d'actions simples, dont il est facile de nous saisir, pour que nous, citoyens de cette planète, prenions enfin réellement soin de la Terre.
Des mesures courageuses d'accompagnement sont à prendre par les pouvoirs publics pour que nos actions soient les plus efficaces possibles sans pour autant porter atteinte à notre bien-être, bien au contraire.
C’est une bonne résolution pour 2021.

Résolution 2021: prendre vraiment soin de notre Terre

Publié sur Ouest-France, le 28 janvier 2021 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier

Nous sommes une multitude à avoir ce souci « écologique », un peu idéal, de prendre soin de la Terre. Nous sommes prêts à faire quelque chose, certes qui ne réduise pas notre bien-être, ce dont les écologistes durs semblent nous menacer.
Nous évitons les excès d’éclairage et de chauffage, nous ne gaspillons pas l’eau, nous renonçons aux emballages plastiques, nous recyclons au mieux nos déchets. Mais sans effet apparent sur la situation globale. D’autres modifications de comportement pourraient influer de manière significative sur la santé de la Terre.

Dans deux domaines elles seraient à même, - au titre par exemple d’une résolution pour 2021, sans réduire notre bien-être matériel, tout au contraire-, de redonner des couleurs à la Planète. Il s’agit de notre alimentation et de nos déplacements.

Choisir une alimentation moins carnée

L’agriculture et les transports sont, en effet, responsables, ensemble, de 38% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES), 46% en France. L’empreinte carbone totale de la France est due, pour plus du tiers, à l’agriculture et au transport routier. Modifier nos habitudes en ce domaine sera bénéfique pour notre bien être tout en ayant un impact significatif sur la situation planétaire.

Dans l’agriculture, l’élevage est responsable de la moitié de l’empreinte carbone et des trois quarts des Gaz à effet de serre. Avec une part des aliments pour animaux qui est importée et produite après déforestation en Amazonie. Avec une autre part produite au détriment de la production de nourriture humaine : 80 % des terres arables dans le monde (et en France) servent pour les animaux alors que certains s’inquiètent de notre capacité à nourrir le monde.

La consommation de viande s’est accrue filant vers le niveau nord-américain : 124kg/ an aux Etats-Unis, en France nous en sommes à 84kg.

Cette surconsommation de viande nuit à notre santé. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) en a pointé, en 2015, la responsabilité dans les maladies cardiovasculaires, les diabètes de type 2 et certains cancers. Si nous décidons de nous tourner vers une alimentation moins carnée et plus variée en légumes, une politique agricole adaptée devra soutenir la conversion des agriculteurs. Et nous commencerons à réduire nos émissions de GES. Ce serait bon pour la Terre et bon pour notre bien-être. Voyons notre autre levier d’action.

Prioriser la marche, le vélo, les transports en commun

Les transports produisent, en France, 31% des émissions de GES – 28% pour la route. Passer à l’automobile électrique, c’est substituer au pétrole une énergie électrique dont il faut accroître la fourniture. La production de ces véhicules est gourmande en ressources rares et polluante en GES et en déchets. Réduisons plutôt la place de l’automobile.

Organisons nos villes pour les piétons et les cyclistes, avec des transports en commun gratuits. Apprécions la vie avec des commerces de proximité, faisons nos courses à pied avec un chariot, emmenons les enfants à la librairie, à la médiathèque, évitons les grands centres commerciaux périphériques. La forte densification des transports en commun dans les bassins d’emploi est un choix collectif impératif. Pour aller loin de notre domicile, préférons le train, sur place à l’occasion, louons un véhicule.

Dans ce domaine aussi les pouvoirs publics devront s’adapter à la volonté citoyenne et prendre les mesures pour accompagner cette réduction des GES et des pollutions sources de maladies pulmonaires et cardiovasculaires.

En divisant par deux notre consommation de viande et nos kilomètres parcourus en voiture, nous contribuerons de manière significative à restaurer la santé de la Terre.

Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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