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Convivialism in English



TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
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La barbarie est à nos portes. Il est urgent de lancer un cri d’alerte maximale. Assaillie par cinq séries de menaces mortelles, notre humanité paraît engourdie psychiquement, accoutumée à la montée vers l’inacceptable. L’effondrement a commencé mais nous semblons incapables d’une réaction forte, salvatrice, telle que celle substituant au risque de la Barbarie la promesse de la Convivialité.


Alerte maximale : Convivialité ou Barbarie !

Lire ou télécharger le communiqué de presse sur l'ouvrage Convivialisme ou Barbarie à paraître en octobre 2025 chez l'éditeur Le Bord de L'eau


L’humanité est en péril, la barbarie est à nos portes. Il n’a jamais été aussi urgent de lancer une alerte maximale sur les menaces qui pèsent sur notre humanité. Sa survie même, physique et morale est en danger. Cinq ensembles de menaces mortelles se conjuguent pour faire basculer notre humanité dans la barbarie. Pourtant notre réaction collective est insuffisante pour les conjurer. Nous sommes comme engourdis , comme accoutumés à la montée vers l’inacceptable, vers l’effondrement et nous paraissons incapables d’une réaction forte, salvatrice, telle que celle proposée par le convivialisme.

LES CINQ VISAGES DE LA MENACE DE BARBARIE


(i) Les menaces économiques et écologiques : aucune transition écologique effective n’a été réellement engagée malgré cinquante années d’avertissements toujours plus étayés sur la perte de biodiversité, sur le réchauffement climatique et leurs conséquences. Cela reste impossible tant que la logique de fonctionnement du monde demeure ce qu’elle est. Une logique économique, fondée sur la compétition acharnée entre individus, entre firmes, entre Etats pour toujours plus de pouvoir d’achat, plus de croissance, plus d’extraction de ressources naturelles, plus de technologies avancées, plus de consommations matérielles et immatérielles. Les illusions entretenues par ces rivalités prétendues vertueuses favorisent l’engourdissement des peuples. Pourtant la pauvreté s’accroît, même dans les pays dit riches. La malnutrition touche 40% de la population mondiale à qui l’ONU avait promis le développement il y a plus de cinquante ans. Et la Terre risque de devenir inhabitable d’ici à quelques décennies, même pour les plus nantis qui envisagent d’aller se réfugier sur Mars.

(ii) Les menaces idéologiques : l’humanité doit se défaire de son idéologie dominante pour se libérer de la logique aujourd’hui à l’œuvre dans le fonctionnement du monde. C’est-à-dire qu’elle doit dépasser la vision du monde imposée progressivement depuis le XVIe siècle par l’universalisme occidental. Une vision qui donne à l’individu plus d’importance qu’en aurait la société et qui tend à l’émanciper de toutes contraintes. Elle fait de l’être humain le sujet central du monde et elle relègue les autres espèces et la Nature diverse qu’il observe, au statut d’objets à mettre à son service, objets traités comme des mécaniques sans pensée ni sensibilité. Le maintien de cette idéologie est une menace en elle-même et sert de justification à la montée d’idéologies totalitaires de diverses tendances qui constituent autant d’autres menaces. Comme pour les pratiques économiques et écologiques, les timides changements dans les modes de pensée survenus ici et là n’ont pas ouvert un chemin vers le basculement idéologique nécessaire.

(iii) Les menaces anthropologiques : toutes les sociétés humaines ont été fondées sur la reconnaissance mutuelle des un.e.s et des autres, dans le principe de dons réciproques et fonctionnent sur les relations tissées entre les un.e.s et les autres et avec le milieu social et l’environnement. La différenciation des rôles des femmes et des hommes et de leur place relative dans toute société a constitué un élément fondamental de leur fonctionnement depuis les origines. Cette différenciation a pris une tournure discriminatoire dramatique à l’égard les femmes depuis la sédentarisation. Cette situation s’est ensuite aggravée et complexifiée peu à peu. Le patriarcat, le machisme, la normalisation des orientations sexuelles et de genre ont gagné en intensité disloquant plus avant la communauté de condition entre les hommes et les femmes.
Par ailleurs, l’irruption et l’extension considérable de relations interindividuelles situées dans un monde virtuel, dans les réseaux dits sociaux, et récemment boostées mais rendues plus inconsistantes et invérifiables par l’intelligence artificielle, approfondissent le glissement potentiel vers une forme de post-humanisme.

(iv) Les menaces sur la démocratie : un point fort de la rupture historique engendrée par l’idéologie occidentale a été d’offrir aux individus l’émancipation et les libertés civiles et politiques portées par l’idée de démocratie. Mais la véritable mise en œuvre de cette idée demande plus que la simple séparation des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire et l’organisation d’un système multipartis avec des élections périodiques au suffrage universel dans un Etat de droit. La réalisation de l’idée démocratique bute sur plusieurs questions non résolues. Comment définir les contours d’un ensemble d’individus formant le peuple de référence ? Comment organiser le pouvoir collectif, par quel régime électoral à l’heure des médias internet et des réseaux sociaux ? Comment relier la démocratie électorale et les exigences de démocratie économique et sociale que peuvent porter les mouvements sociaux et la société civile ? Comment appliquer simultanément les principes contradictoires de liberté (individuelle et collective) d’égalité (des droits et des conditions) et de fraternité (symbolique ou concrète) ?
Faute de réponses satisfaisantes, monte le souci de protéger la vie quotidienne des masses, du peuple, vis-à-vis des atteintes - ou seulement des menaces - que fait peser sur elle l’exercice sans limites de leurs libertés par des individus – parfois étrangers-, par des groupes, par des mouvements sociaux. Cela conduit dans un nombre croissant de pays à l’acceptation, au soutien, voire à l’aspiration à des gouvernements forts, même autocratiques, parfois théocratiques. C’est ce qu’on appelle l’il-libéralisme qui souvent se réclame de la démocratie car il prétend garantir au peuple la vie bonne, calme et sereine à laquelle celui-ci aspire.

(v) Les menaces politiques et géopolitiques : la menace du chaos pèse au sein de toutes les sociétés, plus ou moins démocratiques et sur les relations qu’elles nouent entre elles pour coexister sur la planète.
Le tissu social s’est distendu, dans les pays occidentaux plus qu’ailleurs. Les familles et la religion jouaient un rôle essentiel pour compenser les forces de dislocation exercées par les défis économiques, anthropologiques et démocratiques. Leur importance y a décliné et l’évolution des mœurs s’y est accompagné d’un recul de l’éthique collective, de l’intérêt général et de l’éthique individuelle. Ceci nourrit la montée de la délinquance et de la corruption. Partout, le recul de l’éthique collective est important, et là où le collectif prime encore sur l’individuel, c’est souvent dans le cadre soit d’un régime fort quasi policier, soit par la formation d’un pays multicommunautaire où les communautés s’affrontent parfois de manière mortifère. La communauté politique recule devant la montée des communautarismes et des pulsions identitaires.

Avec l’ONU, au sortir de la guerre de 1945, la communauté internationale de coexistence pacifique semblait bien établie, dépassant l’échec de la tentative de 1919 avec la SDN. Les anciens conflits armés cédaient la place au libre commerce international qui liait tous les pays du monde par des intérêts économiques. Mais les relations économiques internationales n’ont été en réalité que la prolongation de la course à la plus grande puissance via les technologies, via l’accès aux matières premières, via l’accès aux ressources stratégiques. La promesse de développement par l’aide publique internationale et la méritocratie du marché libre mondial n’ayant pas été suivie d’effet, les anciennes hiérarchies ont été de plus en plus contestées. Sur les terrains économiques, idéologiques, politiques et chaque entité indépendante a lutté pour plus de puissance et plus de reconnaissance. L’heure est en particulier au dépassement de la domination exercée depuis le XVIe siècle par l’Occident. Dans ce chaos potentiel, les Etats-nations sont à la fois dépassés et encore indépassables.
Les conflits économiques s’intensifient, les conflits armés se sont étendus, le réarmement est général. La perspective d’une guerre a refait surface.

LA CONVIVIALITÉ COMME ANTI-DOTE À LA BARBARIE


Pour sauver l’humanité de la barbarie, il faut tisser avec l’ensemble des cultures et des croyances un universalisme pluriel, pour ainsi définir et construire un monde commun sur un ensemble de principes respectant leur diversité. La tentative convivialiste se veut une avancée dans cette direction menant à la convivialité.
Le convivialisme est une expression plausible de ces principes qui pourraient servir de guide afin de surmonter tant les limites de l’idéologie dominante que celles des tentatives diverses menées jusqu’à présent pour les dépasser.
Comme de nombreuses autres tentatives qui mettent en cause ce qu’elles appellent le néolibéralisme, il dénonce les méfaits du capitalisme rentier et spéculateur. Il souligne en outre ce qui est en général passé sous silence, à savoir ce qui en fait le caractère fondamentalement nocif.
Le capitalisme rentier et spéculateur a renforcé l’aspiration disséminée chez presque tous les peuples du monde depuis la révolution industrielle à souhaiter une croissance sans limite. Ce qui a fait de cet espoir de croissance le ciment général de la plupart des sociétés. Cette aspiration à la croissance fonde la logique mortifère de fonctionnement des sociétés et les mènent à la barbarie. Car les conditions nécessaires pour permettre cette poursuite infinie de la croissance provoquent une destruction de tout ce qui est de l’ordre du collectif, du commun, des relations non marchandes.

L’alternative proposée par le convivialisme vise à construire des sociétés que l’on pourra dire conviviales. Des sociétés qui cultivent l’art de vivre ensemble, où l’on peut délibérer sans se massacrer en respectant la diversité des avis et des cultures pour tisser un monde commun, pacifique. Les relations humaines y sont essentielles nourries par la coopération, le partage, la solidarité, la réciprocité, l’empathie, la bienveillance, le soin pour les autres et le souci de l’environnement.

Pour mettre en œuvre cette alternative il convient de respecter cinq principes fondamentaux et un impératif catégorique. Ils peuvent être formulés de la manière suivante :

(i) Commune naturalité : Les humains font partie de la nature et doivent prendre soin de ce qui est leur indispensable milieu de vie.

(ii) Commune humanité : Tous les humains, par-delà toutes leurs différences, partagent une dignité égale.

(iii) Commune socialité : Les relations sociales sont la source première de la vie et du bonheur des humains.

(iv) Légitime individuation : Chaque individu doit pouvoir développer sa singularité tout en respectant celle des autres et le milieu de vie commune.

(v) Opposition créatrice : Les conflits sont légitimes s’ils restent constructifs et ne menacent pas les principes de commune humanité, socialité et naturalité.

(vi) Maîtrise de l’hubris : C’est un impératif catégorique qui vise à limiter les excès de pouvoir, de richesse et de domination qui sont les moteurs qui poussent à la barbarie.

Pour en savoir plus sur le convivialisme vous pouvez consulter https://convivialisme.org/, vous pouvez aussi y signer votre approbation de ces principes. Vous pouvzez aussi Lire ou télécharger le communiqué de presse sur l'ouvrage Convivialisme ou Barbarie à paraître en octobre 2025 chez l'éditeur Le Bord de L'eau

Marc Humbert, professeur émérite d’économie politique, Université de Rennes
Président de l’association Les convivialistes.


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L’humanité part en ordre de plus en plus dispersé pour affronter les difficultés - techniques, sociales, écologiques - qui se dressent devant elle. Il serait pourtant indispensable de faire cesser nos divisions tout autant à l’échelon de la France, de l’Europe que celui de la Planète et passer de postures de confrontation à des engagements de coopération.


Trop divisés face à trois terribles défis

Lire le fac-simile de l'article publié dans Ouest-France daté du 24 mars 2025 ou télécharger le post d'altersocietal


Notre monde est face à trois terribles défis. Le premier, le plus ancien, se renouvelle perpétuellement, c’est celui de la technique. L’essor technique, combiné aux lois générales de la génétique, a fait naître notre humanité primitive. Elle s’est trouvée confrontée au second défi, celui de l’organisation sociale auquel l’irruption du symbolique dans notre préhistoire a permis de répondre, en forgeant un ordre social religieux et politique, toujours instable. Ensuite, nous sommes entrés dans l’histoire, au Néolithique, en forçant la nature par l’agriculture et l’élevage. C’est l’origine du défi écologique que nous avons provoqué par nos progrès techniques, appuyés sur un ordre social devenu étatique. Ce défi pèse comme une menace létale sur les générations futures.

La révolution industrielle européenne a libéré l’hyper-accélération d’un progrès technique illimité qui a plongé le monde entier ou presque dans la sidération. Des expositions universelles – avec la Tour Eiffel —, du chemin de fer au train céleste des satellites de Starlink, des opérations à cœur ouvert à « on a marché sur la lune », nous voilà passés de l’ordinateur et du robot à l’intelligence artificielle : l’outil ne nous sert plus, il va, si ce n’est nous remplacer, nous commander.

Le défi social reste là


L’ordre social étatique, après des vicissitudes, s’orientait vers une voie démocratique. On espérait que plus aucun être humain ne soit mal nourri et tenaillé par le besoin, ne soit entravé dans sa liberté de penser, de s’exprimer, d’aller et venir. Que les guerres et les violences s’arrêteraient sous l’égide de l’Onu. Que les humains du Nord riche aideraient les humains du Sud pauvre à mener une vie digne et développée. Mais le défi social reste là, au Nord les inégalités et la précarité sont plus criantes et au Sud plus terrifiantes. Partout la démocratie semble en péril.

Même la prolifération démographique (nous sommes 8 milliards) et l’allongement de la durée de vie, interrogent. La planète pourra-t-elle nourrir tout le monde quand les exploits techniques, de l’agriculture et de l’élevage tout autant que ceux du panel fabuleux des produits industriels, mettent en danger les écosystèmes ? L’épuisement de leurs indispensables ressources et leur dégradation générale font ressentir durement leurs effets par le dérèglement et le réchauffement climatiques.


Faire plus que tisser des règlements


Face à ces trois défis nous sommes trop divisés. À l’échelon planétaire, on quitte le multilatéralisme démocratique de l’Onu et de l’approfondissement des échanges commerciaux. Le retour d'un régime de confrontation des puissances porté par la technique est négatif pour l’ordre social mondial et nous rend incapables de faire face collectivement à la menace climatique.

Européens, nous pourrions envisager d’être une puissance qui propage des valeurs évitant la régression sociale et la déliquescence écologique. Mais nos divisions nous en empêchent. À l’aube de la guerre, Churchill proposa le 16 juin 1940, une fusion de la Grande Bretagne et de la France. Toutes choses égales par ailleurs, ce rappel doit pousser l’Europe à faire plus que de tisser des règlements et de nouer des accords commerciaux.

Français, nous ne nous souvenons pas d’avoir vécu une telle division nationale, alimentée par une structure politicienne dont le peuple majoritairement se détourne. La reconstruction de notre unité passe certainement par les élections municipales plutôt que par la bataille qui sourd déjà pour l’élection présidentielle.

Marc Humbert, professeur émérite d’économie politique, Université de Rennes
Président de l’association Les convivialistes.


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