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Convivialism in English



TRIBUNE accueille ici mes points de vue convivialistes liés à l'actualité.
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Il faut revoir la manière de traiter la question sociale, et la remettre au coeur du fonctionnement même de l'économie restructurée

Le social n’est pas soluble dans l’écologie

Publié dans Ouest-France, le 24 février 2022 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier


La question politique centrale, celle de l’organisation de la vie ensemble dans une société, est d’en assurer la prospérité et la sécurité. Le cœur de la question sociale concerne la manière dont la prospérité est répartie entre l’ensemble des citoyens. A de nombreux moments de l’histoire ici et là, la politique s’est efforcée d’agir sur cette répartition souvent parce que l’excès d’inégalité mettait en péril la sécurité.

Entre la crise de 1929 et les années 1980 les inégalités ont été réduites, moins par des modifications dans le mode de fonctionnement général de l’économie que par la correction extérieure de ses effets inégalitaires, via l’impôt et la redistribution organisés par l’État. Cela a conduit les économies riches à dépenser 20% de leur PIB en dépenses sociales (moyenne des pays de l’OCDE) et à prendre en charge directement nombre de dépenses, souvent au-delà de l’administration et de la sécurité. En 2019, les dépenses publiques totales représentaient 40% environ du PIB aux États-Unis, 45% en Allemagne, 55% en France. Les déficits et les dettes enflent.

En dépit de l’élévation des dépenses, la montée des inégalités a repris depuis les années 1980. Les très hauts revenus s’envolent, la pauvreté ne régresse plus et les classes moyennes voient leur niveau de vie relatif se dégrader. Entre les pays, hormis quelques-uns qui ont su s’immiscer dans la compétition mondiale des nations et des firmes, comme le Japon dans le passé, la Chine aujourd’hui, les inégalités demeurent. La situation en Amérique Latine s’est à peine maintenue, celle de l’Afrique et de l’Asie du Sud reste précaire : selon la FAO 40% de la population mondiale n’a pas accès à une alimentation suffisante. Bref la question sociale n’est pas réglée et la question écologique qui surgit n’en amène pas la solution avec elle.

L’urgence écologique est indéniable même s’il reste des climato-sceptiques et quelques optimistes. Ceux qui pointent des restaurations réussies, comme la lutte contre le trou dans la couche d’ozone ou les eaux redevenues propres de telle ou telle rivière. Ces bonnes nouvelles ne peuvent cacher la tendance générale à l’épuisement et à la dégradation de notre Terre. L’effondrement n’est pas certain, mais les catastrophes dites naturelles se multiplient déjà et le réchauffement va se poursuivre entraînant toujours plus de drames.


Réduire l’excès de la production matérielle


Toute affaire cessante, devons-nous donc, si nous sommes réalistes et conséquents, nous mobiliser pour mettre enfin un terme au processus de dégradation ? Sachant que la cause immédiate et première de cette dégradation est l’excès de production matérielle. Excès de biens manufacturés pour notre consommation, excès d’emploi de matières et d’énergie pour leur production, excès des rejets induits dans l’environnement. Y mettre fin signifie une décroissance de la production. Le terme écorche l’entendement du plus grand nombre mais il faut dire la vérité.

Réduire l’excès de la production matérielle, d’une manière ou d’une autre, cela signifie arrêter la course à la croissance sans fin. Cela ne veut pas dire réduire la quantité et la diversité des biens consommés, mais stopper leur obsolescence accélérée. Dit autrement c’est garantir à tous les objets manufacturés une durée de vie longue, par exemple vingt-cinq ans pour une automobile ou tout produit électroménager.

Dans ces conditions que devient la question sociale ? Malgré les espoirs d’emplois « verts », la décroissance va réduire le travail et, par la suite, exiger plus de redistribution pour éviter la montée des inégalités. Mais avec la réduction de la production disparaissent des possibilités de redistribution. Il faut donc revoir la manière de traiter la question sociale et la remettre au cœur du fonctionnement même de l’économie restructurée. Le social n’est pas soluble dans l’écologie. Mieux ou pire, sans réinsertion de l’économie dans le social, pas de réelle avancée possible sur le front de l’écologie.


Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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Engageons le pari de la convivialité

Publié dans Ouest-France, le 20 janvier 2022 télécharger le post altersocietal ou regarder le facsimile de OF papier ou aller regarder la version Ouest-France internet


Engageons à fond, en 2022, le pari de la convivialité, qu’elle soit plus contagieuse que tout et qu’elle nous aide à rendre ce monde tout simplement vivable pour toutes et pour tous, à l’écoute les uns des autres, aux petits soins de chacun et de la nature !

Comment s’y mettre ? Qu’est que c’est donc que la convivialité ? Le mot est plutôt à la mode en tout cas : si je tape convivialité sur un certain moteur de recherche, celui-ci me propose 62 millions de résultats ; si je tape fraternité, il m’en propose 49 millions ; si je tape socialisme, le nombre de résultats descend à 10 millions. Tout ceci n’est pas un sondage, ce n’est à mon sens qu’une indication générale sur la hiérarchie des préoccupations des personnes – de langue française- qui viennent sur internet.

Je me dis que par rapport au XXe siècle, un moins grand nombre de nos congénères sont attachés à une idéologie, telle que le socialisme. Ils restent proches d’idées de comportements recommandés – idées héritées de la religion – comme la fraternité, mais ils ont une préférence pour des pratiques libres, de sociabilité concrète, c’est ce que représente la convivialité.


La convivialité, c’est l’empathie


La convivialité, c’est d’abord l’empathie. L’empathie c’est notre aptitude à nous mettre à la place de l’autre, sans s’y obliger par référence à quelque chose, mais simplement, de manière spontanée. Si nous croisons quelqu’un d’inconnu sur un chemin – pas dans la foule (et encore) – que nous lui sourions, le saluons, cette personne nous rend notre sourire, notre salut. Mencius (penseur chinois du IVe siècle avant Jésus-Christ) disait, « toute personne qui voit qu’un enfant sur le bord d’un puits risque d’y tomber – de s’y noyer, s’efforce de faire un geste pour l’éviter ».

L’empathie est au cœur de notre humanité. Montaigne avait fait graver dans son bureau la maxime latine de Térence : « rien d’humain ne m’est étranger ». Dit autrement, pratiquer la convivialité, c’est ne croiser que des semblables, s’en sentir proche et se comporter avec eux en toute humanité, avec bienveillance. Bienveillance également à l’égard du monde animal et de la nature.


Convivialité et entraide


La convivialité c’est aussi l’entraide. Tout comme l’empathie, c’est une composante fondamentale de notre nature humaine. Il y a bien longtemps, en 1902, Kropotkine a souligné que la loi de la nature n’est pas celle d’un homme qui est un loup pour l’homme et que l’évolution de notre lignée a reposé sur l’entraide plus que sur la sélection du plus fort. Récemment la paléoanthropologie (voir par exemple Jean-Jacques Hublin) a confirmé que l’essor de l’humanité a tenu à son aptitude à gérer les coopérations de groupes plus nombreux. Bref, la convivialité c’est une sociabilité bien comprise qui mène à pratiquer la solidarité.

La convivialité c’est encore l’autonomie dans l’interdépendance. C’est-à-dire la soif d’autonomie, toute naturelle et commune bien au-delà des humains, de ne pas être entravé dans l’exercice de son pouvoir d’agir (repéré comme tel par Spinoza au XVIIe siècle). Mais en même temps reconnaître que nous avons besoin les uns des autres et de la nature ; que si nous refusons toute entrave ou domination qui serait exercée sur nous par un autre, toute dépendance, nous savons qu’il nous est impossible de nous en sortir seul, en toute indépendance.

Aussi n’en déplaise à toute vision binaire, nous souscrivons naturellement, certes de façon implicite, en pratiquant la convivialité, à une déclaration d’interdépendance (voir par exemple, Overstreet, 1937) qui amène chacun à rester mesuré.


Assurons la vivabilité du monde


La convivialité c’est enfin la délibération pour accorder nos violons et jouer ensemble la partition de notre vie commune. L’apparente harmonie d’une société (que vénère Confucius au VIe siècle avant JC) résulte certes pour partie de l’application de règles et de rites, de comportements appris, mais surtout de la délibération (Rousseau XVIIIe siècle). Nous voulons dire notre mot, échanger pour nous coordonner, et malgré différences et divergences, construire un monde commun. Usant de la parole, du langage des gestes et des symboles, toute cette complexité constitutive de l’humanité de notre espèce. Parions sur cette convivialité en 2022 et assurons la vivabilité du monde..


Marc Humbert, convivialiste, professeur émérite d’économie politique (Université de Rennes, Liris)


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